ÉPISODE 6
L’ARMEE D’AFRIQUE, RENAÎTRE POUR L’HONNEUR ET LA VICTOIRE 

1943-1944

Contexte

En Juillet 1943, tandis que les Alliés prennent pied en Sicile, se déroule à Koursk au Sud-Ouest de la Russie, ce que d’aucuns considèrent comme la plus grande bataille de chars de tous les temps.

Le front de l’Est continue d’absorber l’essentiel des forces armées allemandes, mais aussi celles des pays engagés aux côtés de l’Allemagne dans un combat titanesque contre l’URSS.

Le 23 août, la bataille qui a vu s’affronter depuis le 5 juillet près de 8 000 blindés et 2 700 000 hommes, toutes forces confondues, se solde par un échec de la Wehrmacht.

Elle marquera la dernière grande offensive allemande à l’Est et consacre incontestablement une victoire stratégique pour l’Armée rouge chaque jour plus puissante et qui va tenter d’exploiter ce succès.

Contre-offensive de l’Armée rouge en août 1943 sur tout le front au sud de Koursk.

La bataille de Koursk fera 115 000 tués et 44 700 disparus dans la Wehrmacht

Char T-34 soviétique dans l’enfer de la bataille de Koursk

Réorganisation de l’armée d’Afrique

Créée en 1830, lors de la conquête française de l’Algérie, l’armée d’Afrique, composée de troupes indigènes et européennes très diverses, brasse en son sein différentes communautés, réparties dans les unités de tirailleurs, de zouaves, de chasseurs d’Afrique, de spahis, de légionnaires et de goumiers.

Le général d’armée Giraud, fait prisonnier le 18 mai 1940, s’évade de la forteresse de Königstein en avril 1942 et parvient à rejoindre Alger juste avant l’opération « TORCH » en novembre 1942.

Militaire dans l’âme, peu enclin à embrasser une carrière politique, le général Giraud va se révéler la cheville ouvrière de la réorganisation des forces françaises de libération et notamment celles de l’armée d’Afrique.

Général d’armée Henri Giraud (1879-1949) Commandant en Chef civil et militaire en Afrique du Nord.

Le Corps Franc d’Afrique, créé par Giraud au début de l’année 1943, a joué un rôle important dans la victoire obtenue en mai par les Alliés en Tunisie contre les forces germano-italiennes de l’Afrikakorps.

De ce fait, le général jouit d’une certaine popularité et surtout, il bénéficie de la confiance des américains et des troupes.

De Gaulle et Giraud disposent d’une même autorité au sein du CFNL (Comité français de libération nationale) créé le 3 juin, mais les deux hommes ont des visions diamétralement opposées quant aux moyens nécessaires pour rétablir la souveraineté de la France.

Pour le premier, c’est par une politique qui fera reconnaître aux Alliés l’autorité de la France Libre combattante dès avant la Libération et pour le second, c’est par les armes et d’une certaine manière en faisant allégeance aux Etats-Unis et seulement après la capitulation de l’Allemagne nazie que la France pourra retrouver son rang.

Il n’en demeure pas moins que c’est Giraud, bénéficiant de la confiance des Américains, qui sera le grand artisan de la résurrection de l’armée d’Afrique, entièrement équipée et réorganisée sur le modèle américain grâce à la loi américaine « prêt-bail », qui permet aux bénéficiaires de recevoir du matériel militaire américain et de ne le payer qu’une fois la victoire sur l’Allemagne conclue.

A partir des éléments fournis par les Forces Françaises Libres inféodées au général de Gaulle et les unités d’Afrique du Nord restées fidèles à leur chef le général Giraud, l’objectif final est la mise sur pied d’une armée comprenant 7 divisions d’infanterie et 4 divisions blindées.

Entre l’été et la fin de l’année 1943, 5 divisions d’infanterie et trois divisions blindées sont formées :

1 re DMI      (division de marche d’infanterie) à partie de l’ex 1re DFL (division française libre)
2 e DIM       (division d’infanterie marocaine)
3 e DIA        (division d’infanterie algérienne)
4 e DMM    (division marocaine de montagne)
9 e DIC        (division d’infanterie coloniale)
1 re DB       (division blindée)
2 e DB        (division blindée)
5 e DB        (division blindée)

Parmi ces unités, la 2e DB fait figure d’exception, car formée au Maroc le 24 août 1943 et commandée par le charismatique général Leclerc, de son vrai nom Philippe de Hauteclocque (1902-1947).

Elle quittera le Maroc pour rejoindre le Royaume-Uni en avril 1944. Avec 4 200 véhicules et environ 14 000 hommes, elle sera rattachée à la 3rd US Army du général Patton et débarquera le 1er août 1944 en Normandie à Utha Beach.

Le 25 août, elle libèrera Paris en proie à une insurrection populaire depuis le 19.

Général Leclerc, commandant la 2e DB

Insigne de la 2e DB fabrication Londres 1944

L’armée B

Issue de l’armée d’Afrique et placée à partir de décembre 1943 sous le commandement du général Jean de Lattre de Tassigny, l’armée B compte environ 260 000 hommes répartis dans les différentes unités, y compris les unités de réserve générale.

Général d’armée Jean de Lattre de Tassigny (1889-1952) commandant l’armée B.

Affiches imprimées à Alger en 1943 pour soutenir l’effort de guerre.

Seul but de l’armée française, la Victoire sur l’Allemagne nazie.

Mais cette victoire ne pourra être obtenue qu’avec les combats qui jalonneront la voie de la libération des villes et territoires, libération entreprise en Afrique du Nord et qui se poursuit à présent en Italie.

 

 

L’Italie, « It’s a long way »

Après le débarquement des Alliés en Sicile, le 25 juillet 1943 le Duce, Benito Mussolini, a été écarté du pouvoir fasciste par une conjuration au sein du Grand Conseil fasciste à Rome.

Il est arrêté, puis consigné à résidence au Gran Sasso, une station de sports d’hiver dans les Abruzzes.

S’en suit une période de profonde incertitude pour l’Italie qui se bat assez mollement aux côtés des allemands contre la lente progression angloaméricaine sur son sol.

Le 8 septembre, le chef du gouvernement italien, Pietro Badoglio, nommé par le roi Victor-Emmanuel III après la chute de Mussolini, signe l’armistice avec les Alliés.

 

De fait, la partie de l’Italie fidèle au roi deviendra cobelligérante aux côtés des Alliés, tandis que l’autre, fidèle à Mussolini (Hitler le fera évader par un commando de parachutistes le 12 septembre), continuera le combat aux côtés de l’Allemagne jusqu’au 25 avril 1945.

Parallèlement aux opérations en Italie, à l’initiative du général Giraud et contre l’avis du général De Gaulle, la Corse est libérée en septembre 1943 par les commandos de choc du colonel Gambiez, les marocains du 1er RTM (tirailleurs), du 4e RSM (spahis) et du 2e GTM (tabors).

Les unités italiennes présentes sur l’île se rallieront aux unités françaises contre les troupes allemandes.

Opérations de libération de la Corse 8 septembre – 4 octobre 1943

Affiche de propagande allemande placardée en avril 1944 en France occupée, raillant la lenteur des Alliés à atteindre Rome. Ironie du sort, deux mois plus tard, Rome sera libérée

Conférence interalliée de Téhéran

Le 28 novembre 1943 les trois grands dirigeants alliés : Staline, Roosevelt et Churchill se réunissent à Téhéran afin de définir une politique commune vis à vis de l’Allemagne et coordonner les opérations militaires entre l’URSS, les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

Téhéran, ambassade d’URSS le 28 novembre 1943. De gauche à droite : Joseph Staline, Franklin D. Roosevelt, Winston Churchill.

Trois grandes résolutions seront prises durant cette conférence tenue entre les 28 novembre et 1er décembre 1943 :

– Démembrement de l’Allemagne et déplacement des frontières de la Pologne vers l’Ouest. Partage des zones d’influence en Europe.
– Rejet par Staline, appuyé par Roosevelt, du projet de Churchill prônant une offensive en Méditerranée, en Italie et dans les Balkans.
– Approbation d’une opération de débarquement en Normandie, ouvrant un front à l’Ouest.

Le CEF (Corps Expéditionnaire Français)

En août 1943, à la demande du général américain Eisenhower, commandant suprême des forces alliées en Europe, un corps expéditionnaire français doit être constitué afin d’être envoyé en Italie aux côtés de la 5th US Army du général Mark W. Clark.

C’est le général Alphonse Juin qui est chargé de cette mise sur pied et d’en assurer le commandement.

Le CEF, fort de quatre divisions, débarque à partir de novembre 1943 en Italie.

De toutes les batailles jusqu’à la libération de Rome le 4 juin 1944, les 130 000 hommes du CEF s’illustreront à Monte Cassino lors de la prise du Belvédère en janvier 1944, puis sur le Garigliano, avec la rupture de la ligne Gustav en mai 1944 qui permet aux Alliés de s’engouffrer dans la vallée du Liri et de foncer sur Rome.

Après la prise de Rome le 4 juin, le CEF est retiré en juillet du front italien car ses unités doivent prendre part au débarquement de Provence prévu en août.

Au cours de la campagne d’Italie, le CEF dénombrera 6 500 tués, 2 100 disparus et 23 500 blessés

Eléments du 7e RTA (régiment de tirailleurs algériens) dans le secteur de pico sur le Garigliano – mai 1944.

Goumier marocain du 3e GTM (groupe de tabors marocains) en Italie, 1944.

Officier de chasseurs de montagne allemands (Gebirgsjäger) Abruzzes, 1944.