ÉPISODE 13

LES ARTISANS DE LA VICTOIRE

Contexte

Le 8 mai 1945 marque la fin de la Deuxième Guerre mondiale en Europe.

Une guerre mondiale dont le bilan des pertes humaines est extrêmement lourd, tout comme celui des destructions de villes et d’usines qui ont été bombardées ou ces villages détruits par les combats ; tout est à reconstruire.

Le général de Lattre de Tassigny contresigne au nom de la France l’acte de la capitulation allemande le 8 mai 1945 à Berlin.

La victoire sur l’Allemagne nazie et ses alliés de l’Axe n’a été possible que parce que des hommes et des femmes n’ont pas renoncé à la dignité, à la liberté et à l’indépendance.

Ces hommes et ces femmes se sont levés pour dire non à une idéologie violente et mortifère.

Ils ont placé leur combat au-dessus de leur propre existence et n’ont jamais accepté de compromission tout au long de leur combat pour que vive la liberté.

Affiche signée Berliot, septembre 1944

Et les femmes ?

Les hommes en âge de combattre ont été mobilisés et sont partis à la guerre, mais les femmes ont continué à élever leurs enfants et à s’occuper du foyer familial.

Nombre d’entre elles ont dû, en plus, remplacer les hommes dans les usines, dans les industries, aux postes administratifs et partout où l’effort de guerre était nécessaire.

Pour d’autres, elles feront partie de réseaux de la Résistance ou s’engageront dans les forces de l’armée de libération.

Ce sont toutes les femmes, de tous les pays qui ont été impliquées dans la guerre.

Le cas de l’URSS

Il est une nation cependant qui a considéré les femmes au même titre que les hommes, comme combattantes, c’est l’URSS.

En effet, la doctrine communiste ne fait pas de distinction en matière de droits et de devoirs entre les femmes et les hommes.

L’URSS a donc mobilisé en masse à partir de 1942 les femmes et 800 000 d’entre elles prirent part aux combats au même titre que les hommes.

Officiers, sous-officiers, simple soldat, pilotes d’avions, tireuses d’élite, artilleurs, tankistes, ambulancières, infirmières, personnels des transmissions, mais aussi personnels administratifs, ouvrières d’usines d’armement, couturières pour la confection des uniformes, les femmes soviétiques furent pleinement impliquées dans la Deuxième Guerre mondiale, guerre que le régime soviétique appellera « la Grande guerre patriotique ».

Groupe de soldats de l’Armée rouge parmi lesquels, au centre, se trouve une femme soumise aux mêmes conditions de combat et de vie que ses homologues masculins.

Roza Shanina, tireur d’élite de la 184e division de fusiliers de l’Armée rouge.

Décorée de l’Ordre de la gloire de 2 e classe, à 19 ans elle est créditée de 59 victoires confirmées.

Le 28 janvier 1945, elle est tuée au combat en Prusse-Orientale ; elle allait avoir 21 ans.

La Yougoslavie

Dès avril 1941, la Yougoslavie est envahie par l’Armée allemande.

Son roi, le jeune Pierre II (1923-1970), part en exil en Angleterre et le pays, démembré, est occupé par l’Allemagne et ses alliés italiens, hongrois et bulgares.

Sous l’impulsion de Josip Tito, à partir du 22 juin 1941 la résistance communiste va se constituer en véritable armée de partisans et combattra férocement l’occupant jusqu’en mai 1945.

Parmi ces partisans communistes, le nombre des femmes combattantes est estimé à environ 100 000.

Mais plus largement, les femmes résistantes engagées dans le mouvement des partisans communistes représentent environ 2 000 000 de personnes.

Deux mille d’entre-elles accèderont au grade d’officier.

La Grèce

En Grèce, comme en Yougoslavie, la résistance aux troupes d’occupation, principalement italiennes, s’organise dès l’été 1941.

Comme en Yougoslavie, de nombreuses jeunes femmes vont s’engager dans les mouvements de résistance, notamment à partir de 1943 dans l’ELAS (Armée populaire de libération nationale grecque) ou dans l’EPON (Organisation unifiée panhellénique de la jeunesse).

Parmi les vingt à trente mille combattants que comptait alors la résistance grecque, les femmes occupèrent une place importante, souvent oubliée.

Groupe mixte de combattants communistes de l’ELAS.

Toutes les armées en guerre ont donc employé des femmes à divers échelons.

De manière directe en créant, comme les USA, la Grande-Bretagne et plus largement les pays du Commonwealth, des corps d’auxiliaires féminines (WAC, ATS, WAAC, WAAF, WRNS) ; toutes engagées volontaires dans les armées de terre, de mer ou de l’air. Mais aussi en employant nombre de femmes dans les usines de production de matériels de guerre.

Ainsi, les Etats-Unis ont employé massivement les femmes dans les usines d’aéronautique, de construction automobile, de construction navale et dans celles de production de matériels radio, matériels électroniques, mais aussi de confection d’uniformes et de fabrication de produits destinés à l’intendance militaire.

Affiche américaine éditée en 1944 – « La femme qu’il a laissée derrière lui est toujours derrière lui ; elle est wouah »

Affiche invitant les femmes à rejoindre les rangs des auxiliaires féminines des forces aériennes néo-zélandaises.

L’Allemagne hitlérienne fit également une place aux femmes, principalement dans le rôle de mères de familles chargées d’assurer l’éducation et le renouvellement des générations, mais également dans ses institutions militaires et de manière sensiblement identique à celle des autres pays occidentaux.

Il n’y eut en revanche pas de femmes combattantes comme en URSS, mais des auxiliaires féminines intégrées aux différentes composantes de la Wehrmacht (Heer, Kriegsmarine, Luftwaffe) et de la Waffen-SS.

On estime à 500 000 le nombre de femmes qui furent intégrées comme auxiliaires féminines dans la Wehrmacht.

Des femmes furent également recrutées par la SS, et chargées de la surveillance de camps de concentration, notamment celui de Ravensbrück, près de Berlin, camp exclusivement destiné aux femmes.

On estime à 3 500 le nombre de femmes qui furent gardiennes dans les camps de concentration.

Certaines de ces femmes, 77 au total, seront jugées après la guerre.

Certaines, reconnues coupables de meurtres, seront exécutées par pendaison.

Et la France ?

Très tôt, des femmes françaises vont entrer dans la Résistance pour y accomplir de multiples missions, principalement du renseignement, mais d’autres seront directement impliquées dans les combats à la libération.

Il y eu également des femmes qui rejoignirent le général de Gaulle à Londres et certaines purent s’engager dans les services secrets britanniques du SOE (Spécial Operations Executive) créé par Churchill en 1942, pour exécuter des missions délicates de soutien aux organisations européennes de résistance au nazisme.

Ces femmes, au nombre de 39, intégreront la section F (comme France) et firent preuve d’un courage exceptionnel lors de l’accomplissement de leurs périlleuses missions.

Treize d’entre-elles seront capturées, torturées, déportées et mourront dans les camps de la mort.

Lise de Bessac, membre de la section F du SOE et chef du réseau « Artist ».

Odile de son nom de code, elle survivra à la guerre parachutée en septembre 1942, elle est arrêtée en juin 1943 et déportée au camp du Struthof – Natzweiler où elle meurt le 6 juin 1944.

Andrée Borrel, membre de la section F du SOE, nom de code « Denise »

Ce sont plus de 3 000 femmes qui vont s’engager à partir de 1943 dans les Forces françaises libres pour y accomplir de multiples missions.

Elles seront infirmières, ambulancières, opératrices des transmissions, conductrices d’automobiles, mais aussi personnel administratif des auxiliaires féminines de l’Air et de la Marine.

Certaines rejoindront même la section (F) du SOE et seront parachutées pour des missions de renseignement.

Le général Merlin, commandant des transmissions en Afrique du Nord, créera un corps féminin des transmissions, le CFT, durant l’hiver 1942-43.

Environ 1 300 femmes répondront à l’appel en s’engageant.

Elles suivront une formation complète, identique à celle des hommes dans le domaine des transmissions.

Surnommées « Merlinettes » (en rapport avec le nom du créateur de leur unité), ces femmes vont prouver leurs valeurs de courage, de dévouement et leur compétence sur tous les théâtres d’opérations de l’Armée française ; y compris lors du débarquement de Provence.

Affiche imprimée à Alger et placardée en Afrique du Nord afin de recruter des femmes pour le CFT créé par le général Merlin.

Les « Merlinettes » de la 807/1 compagnie d’exploitation des transmissions débarquent au fond du Golfe de St-Tropez le 16 août 1944 ; ce sont des vétéranes de la campagne d’Italie.

On retrouve également des femmes au sein de la 2e DB du général Leclerc, elles sont toutes engagées volontaires pour la durée de la guerre dans le BM13, le 13e bataillon médical, comme infirmières-ambulancières dans le Groupe Rochambeau « les Rochambelles » de la 1re compagnie ou « les Marinettes » de la 2e compagnie.

Les « Rochambelles » infirmières-ambulancières de la 1e compagnie du 13e bataillon médical de la 2e DB.

Les « Marinettes » infirmières-ambulancières de la 2e compagnie du 13e bataillon médical de la 2e DB.

Opérations d’entretien mécanique de leur ambulance Dodge WC 54 baptisée « SUR LE CHAMP ». Les deux ambulancières « Rochambelles » appartiennent à la 1re compagnie du 13e bataillon médical de la 2e DB.

Ambulancières « Rochambelles » de la 2e DB.

Femme soldat tireuse d’élite de l’Armée rouge 1944

Auxiliaire féminine du WAC de l’armée US en 1944