ÉPISODE 9

D’OVERLORD A DRAGOON

Contexte

Au printemps 1944, augurant d’une fin de guerre prochaine, la Wehrmacht cède sur tous les fronts.

A l’Est, l’Armée rouge qui a libéré Leningrad en février, est entrée en Roumanie et a brisé le front allemand à la mi-avril.

En mai, Sébastopol est libéré et les allemands évacuent la Crimée.

Au même moment, en Italie, le verrou de Cassino a fini par céder, ouvrant la route de Rome aux Alliés.

La pression exercée par l’Armée rouge sur la Wehrmacht favorise incontestablement les opérations prévues en France par les Alliés, notamment l’opération « OVERLORD » le débarquement en Normandie prévu début juin 1944.

  l’été 1944, l’Allemagne nazie se voit prise en étau entre deux fronts, celui de l’Est, sur lequel la Wehrmacht qui a perdu toute initiative depuis août 1943 est contrainte de reculer sans cesse face au rouleau-compresseur soviétique et celui qui s’ouvre à l’Ouest, avec deux opérations amphibies d’une ampleur inégalée : OVERLORD et DRAGOON

 

OVERLORD
« Les sanglots longs des violons de l’automne… »

Radio Londres diffuse à partir du 4 juin une première strophe d’une chanson de Charles Trénet inspirée du célèbre poème de Paul Verlaine « chanson d’automne » et le lendemain, la suivante : « Bercent mon cœur d’une langueur monotone… ».

La Résistance est informée par ces deux messages consécutifs que le débarquement tant espéré va avoir lieu et qu’il faut immédiatement mettre en œuvre les plans, notamment le plan vert (sabotages des voies de communication) et le plan rouge (mobilisation de la Résistance) sur tout le territoire national. Ces plans seront particulièrement suivis en Provence et dans les Alpes (Vercors) où l’on attend le débarquement en Méditerranée promis.

Dans la nuit du 5 au 6 juin, des parachutistes américains et britanniques sont largués à l’intérieur des terres pour bloquer les voies de communication et le 6 juin au matin, la plus grande armada jamais rassemblée amène sur la côte normande entre Quinéville et Ouistreham près de 180 000 hommes des forces alliées.

C’est l’un des mors de la tenaille qui doit écraser les forces allemandes à l’Ouest. Initialement, les deux débarquements, OVERLORD et DRAGOON, devaient être effectués simultanément, mais le manque de moyens de transport maritime de tous types a contraint les Alliés à les décaler l’un de l’autre de deux mois.

Chiffres du Jour J :

Alliés :
88 500 soldats américains dont 15 500 parachutistes
69 600 soldats britanniques dont 7 900 parachutistes
21 400 soldats canadiens
177 commandos français (le commando Kieffer)
7000 navires de tous types
20 000 véhicules débarqués au 7 juin
11 500 avions engagés
4 400 tués, disparus et blessés

Allemagne :
80 000 soldats répartis sur tout le secteur du débarquement
4 000 tués, disparus et blessés

Le 6 juin 1944, jour J de l’opération « OVERLORD », près de 180 000 hommes s’élancent à l’assaut du mur de l’Atlantique.

Au total ce sont 2 050 000 hommes qui ont débarqués en Normandie.

Le mur de l’Atlantique

Edifié à partir de 1942 par les allemands pour protéger la côte occidentale de l’Europe, il s’étend sur près de 4 000 kilomètres du Nord de la Norvège à la frontière franco-espagnole.

Constitué d’une série de 12 000 ouvrages fortifiés et armés de tous types, il a nécessité la mise en œuvre de près de 13 millions de mètres cubes de béton armé et a mobilisé environ 450 000 ouvriers et près de 45 000 soldats allemands du génie de fortifications.

Chantier de construction de l’Atlantikwall le mur de l’Atlantique.

Construite à Haringzelles dans le Pas-de-Calais, la Batterie TODT est le septième plus gros ouvrage édifié par les allemands durant la Seconde Guerre mondiale.

L’organisation TODT, du nom de son fondateur et dirigeant l’ingénieur Fritz Todt, était chargée de réaliser la plupart des projets de construction, tant civils que militaires utiles au Troisième Reich et ce, dès l’avant-guerre.

Canon de 380 mm de marine, positionné dans l’une des casemates bétonnées de la Batterie TODT.

Véhicules US dans LCVP – Normandie

A bord d’un LST (2) (Landing Ship Tank) capable d’embarquer 260 hommes (y compris l’équipage de 120 hommes) et 80 véhicules, les hommes de la 1st US Infantry Division procèdent aux préparatifs de l’opération « OVERLORD ».

Cette division, la « Big Red One », après avoir participé aux débarquements d’Afrique du Nord, puis de Sicile, débarque le 6 juin dans le secteur de Vierville/mer, sur la plage d’Omaha Beach.

Plage normande du secteur d’UTAH au matin du 7 juin.

Les ballons de barrage déployés à une centaine de mètres au-dessus des navires au mouillage, servaient à la défense contre les attaques aériennes en empêchant les avions d’attaquer en « rase-mottes » ou en « piqué » pour les chasseurs-bombardiers.

Partiellement gonflés à l’hydrogène pur, ils étaient reliés au navire par un câble métallique enroulé sur un treuil.

Les ballons de barrage étaient souvent surnommés « saucisses. »

La bataille de Normandie

L’opération « FORTITUDE » a permis de leurrer les services de renseignements allemands et plus encore Hitler lui-même, notamment en simulant les préparatifs d’un gros débarquement dans le Pas-de-Calais.

Le stratagème va se révéler payant, puisque l’idée qui fait que l’opération « OVERLORD » n’est qu’une diversion, va perdurer jusqu’en août 1944 dans l’esprit du haut commandement allemand.

Hitler, qui se réserve la prise de toute décision stratégique depuis l’attentat manqué du 20 juillet qui le visait, hésite à envoyer les divisions blindées de réserve en Normandie, convaincu que le vrai débarquement se fera dans le Pas-de-Calais, ce qui va profiter aux Alliés, qui vont établir une solide tête de pont, leur permettant de construire deux ports artificiels, indispensables au soutien logistique des troupes débarquées, puis de pousser, au fur et à mesure que les renforts débarquent (12 000 tonnes d’approvisionnements et 2 500 véhicules et blindés par jour) en direction de Cherbourg de St-Lô et de Caen.

L’objectif des Alliés est d’avoir mis à terre au moins 2 000 000 d’hommes d’ici la fin août.

Mais la bataille de Normandie va être longue et coûteuse pour les Alliés comme pour les allemands, mais aussi pour les civils.

Le bocage normand avec ses hautes haies, ses fossés de drainage profonds comme des tranchées et ses chemins creux dans la végétation se révélant idéal pour l’organisation des défenses allemandes.

Après avoir conquis les plages assez rapidement, la progression va être ralentie puis stoppée car les renforts et les divisions blindées allemandes commencent à parvenir sur zone et à se déployer.

Char allemand Panther lors de la bataille de Normandie.

Armé d’un canon de 7,5 cm long et disposant d’un blindage frontal de 10 cm d’épaisseur, il est redouté à juste titre par les tankistes alliés.

Au total, ce sont 654 chars Panther qui seront engagés dans la bataille de Normandie.

Le 1er août, la 2e DB du général Leclerc qui est rattachée à la 3e Armée US du général Patton, débarque sur la plage de St-Martin-de-Varreville (Utah Beach).

En posant le pied sur le sol de France, le général Leclerc se remémore le serment fait après la prise de l’oasis de Koufra, le 2 mars 1941, et qu’il adresse à ses hommes : « Nous ne nous arrêterons que quand le drapeau français flottera aussi sur Metz et Strasbourg. »

Plaque évoquant le serment fait par le général Leclerc après la prise aux italiens de l’oasis de Koufra en Lybie

Char Sherman M4A3 du 12e
régiment de cuirassiers de la 2e DB
fonçant vers Paris.

La bataille de Normandie prend fin le 29 août par une défaite allemande, quatre jours après que la 2e DB soit entrée dans Paris.

Le 25 août 1944 dans la liesse populaire, les éléments avancés de la 2e DB font leur entrée dans Paris, dont l’insurrection initiée par les FFI et FTP le 19, se termine par la reddition de la garnison allemande du général Von Choltitz le 25.

Paris libéré, la 2e DB avec ses 250 chars, 845 véhicules et ses 14 000 hommes allait poursuivre le combat dans l’Est de la France, la libération de Strasbourg en novembre puis le nettoyage de la Poche de Royan en mars-avril 1945, puis des éléments vont passer en Allemagne fin avril et atteindre la résidence d’Adolf Hitler à Berchtesgaden le 5 mai 1945, trois jours avant la capitulation allemande.

Pertes humaines de la Bataille de Normandie :

Alliés :
2 050 000 hommes débarqués
37 000 tués ou disparus
163 000 blessés

Allemands :
450 000 hommes engagés
80 000 tués ou disparus
170 000 blessés
200 000 prisonniers

Civils :
20 000 personnes tuées
300 000 sinistrés

Tankiste du 501e RCC de la 2e DB à la libération de Paris août 1944

Grenadier allemand, bataille de Normandie, été 1944