ÉPISODE 5
LE BASCULEMENT
1942 – 1943
Contexte
Du Pacifique à l’Atlantique, de l’Asie à l’Europe, de l’Afrique du Nord aux Balkans et à la Russie, la guerre s’impose partout.
L’entrée en guerre des Etats-Unis en décembre 1941 contre les forces de l’Axe a changé la donne.
L’Amérique va mettre sa formidable puissance industrielle et militaire au service de ses Alliés, y compris l’URSS.
L’année 1942 va constituer l’amorce d’un tournant dans la guerre, qui va se poursuivre tout au long de l’année 1943.
Raid sur Dieppe
Le 19 août 1942 à partir de 3h00, les forces alliées constituées de canadiens, de britanniques, d’américains, de polonais et de français libres lancent l’opération « JUBILEE », un débarquement sur Dieppe.
L’objectif prétend vouloir tester la possibilité d’un débarquement, mais aussi celle d’immobiliser des troupes allemandes à l’Ouest pour soulager l’Armée rouge à l’Est. L’opération tourne rapidement au désastre.
En cause, la préparation, notamment des soldats canadiens qui, n’ayant jamais connu le feu, vont perdre un quart de leur effectif au cours du raid.
Mais c’est aussi l’épaisse couche de galets sur la grève en pente et très instable qui va immobiliser les chars et les véhicules alliés.
Quant aux falaises de craie qui encadrent les plages, elles forment comme une prison à ciel ouvert.
Il apparait aussi probable que le raid ait également été destiné à s’emparer de machines à chiffrer Enigma à 4 rotors, utilisées pour les messages codés par la Kriegsmarine.
Les défenses allemandes sont solides et bien disposées, elles vont rapidement se révéler imprenables, malgré leur courage, pour les 6 000 hommes de Lord Mountbatten lancés dans l’assaut.
Devant un char britannique Mark IV A22 « Churchill » de 40 tonnes, enlisé dans l’épaisse couche de galets, deux soldats canadiens blessés, dont l’un est allongé sur une civière allemande, attendent leur évacuation par la Wehrmacht vers un hôpital militaire allemand.
Huit heures se sont écoulées depuis l’engagement initial, Le rembarquement sous les feux de l’ennemi se fait de manière très chaotique et le dernier navire quitte le secteur en début d’après-midi. Le bilan de l’opération est très lourd pour les Alliés, près de 1 200 tués, 1 500 blessés et 2 000 prisonniers.
Opération « TORCH »
Après l’échec de la Wehrmacht devant Moscou en décembre 1941, dès l’été suivant, Hitler, se désintéressant de la capitale soviétique, décide de porter l’offensive allemande en direction du Caucase et des gisements de pétrole de Bakou.
En effet, la poursuite de la guerre contre l’URSS nécessite quantité d’hommes et de matériels ; mais aussi de carburant.
Staline, de son côté, insiste auprès de ses alliés occidentaux pour l’ouverture d’un second front qui soulagerait l’Armée rouge.
Opération « TORCH », le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942.
Le 8 novembre 1942, des troupes Anglo-américaines débarquent en Algérie et au Maroc, alors respectivement département et protectorat français sous administration du Gouvernement de Vichy.
La France dispose alors d’une armée d’environ 110 000 hommes répartis sur tout le Maghreb.
Faisant leur devoir, les troupes françaises de l’Armée d’armistice fidèles à Vichy vont opposer une résistance assez sérieuse au Maroc, un peu moins en Algérie grâce à l’action de résistants algérois dirigés par Henri d’Aster de La Vigerie.
Le lendemain, l’amiral Darlan, Haut-commissaire de France en Afrique, négocie avec les Alliés un cessez-le-feu.
Après deux jours de tractations, le 10, les combats cessent définitivement.
Environ 1 500 soldats français ont été tués et un peu moins de 2 000 autres ont été blessés et une partie de la flotte française a été détruite à Casablanca.
Les premiers GI’s (Government Infantry) américains débarqués en Afrique du Nord lors de l’opération « TORCH ».
Le ralliement de l’Armée française d’Afrique du Nord aux Alliés et la présence de la flotte française à Toulon, susceptible de rallier à son tour l’Afrique du Nord, va pousser les Allemands à envahir la « zone libre » pour tenter de s’emparer de cette flotte, fleuron de l’Etat français en 1942.
Le 27 novembre, la flotte française se saborde pour éviter de tomber aux mains des Allemands.
Ce sont 114 navires, représentant 235 000 tonnes, qui sont détruits par leurs équipages dans la rade de Toulon.
Le sabordage de la Flotte française à Toulon est vécu dans les cœurs des Français comme un terrible drame national. Le Gouvernement de Vichy, lui, perd son ultime force militaire et dès lors, ne peut plus prétendre à autre chose qu’à un sombre rôle dans la collaboration avec l’Allemagne nazie.
Succès ou échec, ou les deux à la fois, selon l’angle de vision, le sabordage de la flotte prive la France Libre de De Gaulle d’une marine de guerre qui aurait pu rallier les ports d’Afrique en conservant ses couleurs et d’un autre côté, tombée aux mains des allemands, cette même flotte aurait pu compromettre le développement de la guerre de libération entreprise par les Alliés en Méditerranée.
Stalingrad, tombeau de la 6e armée allemande
A l’Est, l’offensive allemande développée à partir de l’été 1942 en direction du Caucase se solde par deux échecs. Le premier est consommé avec la destruction des terminaux pétroliers caucasiens par les Soviétiques et le second, par le siège et la bataille de Stalingrad qui, à la fin janvier 1943, se conclue par une victoire de l’Armée rouge et la destruction de la 6e Armée du maréchal Paulus.
Le bilan de la bataille de Stalingrad est effroyable puisque les forces de l’Axe (Allemagne, Roumanie, Italie, Hongrie) ont perdu 513 000 hommes tués, blessés et disparus et 244 000 prisonniers. L’Armée rouge a perdu quant à elle 478 000 tués et 650 000 blessés.
Soldats soviétiques lors du siège de Stalingrad
Généralement considérée comme un tournant de la Seconde Guerre mondiale, la bataille de Stalingrad, défaite stratégique pour la Wehrmacht, va ouvrir de nombreuses fissures dans l’édifice des forces de l’Axe, poussant les dirigeants des différents pays à se désengager peu à peu de l’Allemagne nazie.
A contrario, l’Armée rouge reprend confiance dans sa capacité à vaincre la Wehrmacht et reconquérir les territoires perdus depuis l’offensive allemande de juin 1941.
Afrique du Nord
En même temps que se profile la fin de la bataille de Stalingrad, les Alliés organisent, à l’initiative du président américain Franklin Roosevelt et du Premier ministre britannique Winston Churchill, une conférence à Casablanca à laquelle Staline ne pourra pas se rendre, trop absorbé qu’il est par la bataille pour Stalingrad.
Sont également invités et présents les généraux Giraud et De Gaulle. Entre ces deux derniers régnait une « mésentente cordiale », conséquence d’une différence de vision à la fois politique et stratégique.
Finalement, sous la pression de Churchill, les deux hommes finirent par se serrer la main, mais uniquement pour les photographes.
Avec l’appui américain, la renaissance de l’Armée française d’Afrique, placée sous l’autorité du général Giraud, allait pouvoir être entreprise.
Conférence de Casablanca 14 janvier 1943. De gauche à droite : Giraud, Roosevelt, De Gaulle, Churchill.
A l’issu de la conférence, l’objectif des Alliés était de vaincre l’Axe en Tunisie, puis de débarquer en Sicile pour mettre un pied en Europe.
Le premier objectif sera réalisé le 13 mai 1943 avec la reddition des troupes germano-italiennes de la Panzer-Armee Afrika de Rommel en Tunisie.
Quant au second, le débarquement anglo-américain en Sicile, il sera effectué avec succès le 10 juillet suivant, sous le nom de code d’opération « HUSKY ».













